Le gai savoir ou

la quête épistémologique de Marc Lescarbot

au Nouveau Monde

 

Marie-Christine Pioffet

 

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Nous ne sçaurions moins faire que ce Philosophe Payen, lequel remercioit ses Dieux entre autres choses, de ce qu’il étoit né à Athenes plutot qu’ailleurs, d’autant que là étoit le domicile de toute bonne instruction, civilité, & police ; le siege des sciences & des bonnes loix..

Marc Lescarbot,

Histoire de la Nouvelle France, I, p.8.

 

Le séjour de Marc Lescarbot en Acadie fut de courte durée, un an à peine. Ce laps de temps lui permit néanmoins de jeter les bases du premier traité d’ethnographie consacré aux mœurs des Micmacs. Même si, de son propre aveu, l’avocat de Vervins ne s’aventura guère au-delà des limites de Sainte-Croix, la relation de son voyage en sol canadien témoigne d’un réel souci de l’observation[i]. Mais au contraire de Samuel de Champlain rivé au compte rendu fidèle de son expédition, Lescarbot demeure davantage un homme de cabinet qu’un explorateur sur le terrain. Son Histoire de la Nouvelle-France, dont le titre peut sembler prématuré, allie les souvenirs de voyage à une vaste documentation encyclopédique reposant sur la compilation de récits d’expéditions antérieures, d’ouvrages anciens ou contemporains, d’œuvres littéraires susceptibles de jeter un éclairage sur les découvertes de l’auteur. Le choc de la nouveauté confronté à de nombreuses lectures alimente chez celui que l’on surnomme parfois l’Hakluyt de la Nouvelle-France” les spéculations les plus variées.

À l’instar de ce qui se produit dans les Essais de Montaigne, le regard sur le Nouveau Monde génère de multiples interrogations. Chez Lescarbot, l’expérience du voyage se situe d’emblée comme le résultat d’une quête épistémologique. Qu’on en juge par la dédicace de l’ouvrage où il résume les motivations des explorateurs :

 

la curiosité des hommes a osé chercher & franchir les antipodes que plusieurs anciens n’avoient sceu comprendre. Tout de méme en noz jours, le desir de sçavoir a fait découvrir à noz François des terres & orées maritimes qui onques n’avoient été veuës des peuples de deçà[ii].

 

C’est une soif analogue de connaissances ou plus exactement l’espérance de “reconnoitre la terre oculairement[iii] qui pousse Lescarbot à se joindre à l’expédition de Poutrincourt en 1606. Toutefois, si l’évasion géographique contribue au développement du savoir, elle ne saurait suffire à un bibliophile tel que l’auteur. Trois ans après son retour d’Acadie, le relationnaire collationne soigneusement ses observations avec les témoignages de nombreux voyageurs, historiens ou scientifiques reconnus. À l’aide de réminiscences livresques, l’ouvrage remanié et amplifié au cours des trois rééditions successives se transforme en une imposante réflexion sur l’homme et la nature tout entière. Mon propos ne sera pas ici d’examiner dans le détail le rôle de la digression érudite[iv], mais plutôt de donner un aperçu des lectures de l’auteur. Un aperçu, dis-je bien, car ce sujet difficile à épuiser exigerait pour le traiter à fond un index général des citations et des allusions, qui dépasserait les limites de ce travail. Je me bornerai ici à esquisser dans ses grandes lignes l’échafaudage pluritextuel qui se profile derrière la charpente de l’ouvrage, de manière à mettre au jour le caractère métissé de la culture lescarbotienne.

 

 

La bibliothèque du voyage

Avant même d’entreprendre la rédaction de son Histoire, l’écrivain-avocat se plonge dans l’étude de nombreux récits et relations consacrés à l’Amérique[v]. Leurs observations, qui forment la matière des trois premiers livres consacrés aux expéditions transatlantiques, interfèrent également dans les derniers chapitres portant sur les particularités de l’Acadie et de ses habitants. Que l’Hérodote de la Nouvelle-France”, comme on l’appelle parfois, se réfère constamment aux écrits des explorateurs qui l’ont précédé paraît donc tout naturel. Parmi les noms fréquemment cités, mentionnons simplement ceux d’Acosta, d’Alfonse, de Champlain, de Cartier, de Biard, de Laudonnière, de Léry, de Thévet, de Belleforest et même de John Hawkins. Gardons-nous bien cependant de voir dans cette multitude d’allusions la marque d’un assentiment. Bien au contraire, Lescarbot ne cite le plus souvent ses prédecesseurs que pour récuser leur témoignage ou pour en faire valoir les limites. Ainsi on ne compte plus les critiques formulées à l’endroit des affirmations de Samuel de Champlain[vi]. S’agit-il d’évaluer la distance qui sépare Tadoussac du lac Saint-Jean, l’auteur des Muses de la Nouvelle-France ne manque pas de relever les contradictions entre les différentes relations du navigateur saintongeais :

 

Voilà ce qu’a écrit Champlein dés l’an six cens cinq, de la rivière de Saguenay. Mais depuis il dit en sa dernière relation que du port de Tadoussac jusques à la mer que les sauvages de Saguenay decouvrent au Nort, il y a de quarante à cinquante journées ; ce qui est bien éloigné des dix que maintenant il a dit[vii].

 

S’agit-il de l’existence du Gougou, bête monstrueuse évoquée à la fin Des Sauvages, il dénonce encore la trop grande crédulité de son prédécesseur :

 

il est arrivé en cet endroit à Champlein ce qu’écrit Pline de Cornelius Nepos, lequel il dit avoir creu tres-avidement les prodigieux mensonges des Grecs[viii].

 

S’agit-il enfin du cannibalisme des sauvages, l’historien s’inscrit en faux contre les affirmations du fondateur de Québec :

 

Mais pour retourner audit Champlain, je voudrois qu’avec le Gougou, il n’eust point mis par écrit que les Sauvages de la Nouvelle-France, pressez quelquefois de faim se mangent l’un l’autre[ix].

 

N’allons toutefois pas croire que ces reproches, si nombreux soient-ils, constituent un règlement de compte personnel. Tout aussi implacable se montrera Lescarbot envers le jésuite Pierre Biard qu’il contredit sans ambages[x] et accuse même de trahison[xi]. Jacques Cartier ne sera pas lui non plus à l’abri de tout blâme. Résumant dans le troisième livre de son Histoire les périples canadiens du découvreur, l’auteur souligne une “discordance” importante entre les deux relations :

 

au premier voyage il est mentionné que ledit Quartier ne passa point plus de quinze lieuës par delà le cap de Mont-morenci : et en la relation du second il dit qu’il ramena en la terre de Canada, qui est au Nort de l’ile d’Orleans (à plus de six vints lieuës dudit cap de Mont-morenci) les deux Sauvages qu’il y avoit pris l’an precedent[xii].

 

Mais plus encore que les autres voyageurs en Nouvelle-France, Jean Alfonse reçoit les attaques virulentes de Lescarbot, qui va jusqu’à le qualifier d’imposteur :

 

je ne reconoy rien, ou bien peu de vérité en tous les discours de cet homme ici : & peut-il bien appeler ses voyages aventureux, non pour lui, qui jamais ne fut en la centiéme partie des lieux qu’il décrit (au moins il est aisé à le conjecturer), mais pour ceux qui voudront suivre les routes qu’il ordonne suivre aux mariniers[xiii].

 

Que dire également de ses sarcasmes envers les révélations étonnantes de José Acosta[xiv] et d’Antonio Pigafetta ?[xv] Si le discours viatique se dessine sous la plume de Lescarbot comme une source constante d’erreurs, les voyageurs ne sont pas les seuls à faire les frais de cette méfiance. Il en va semblablement pour la plupart des géographes du temps[xvi]. Ainsi l’historien ne mâche pas ses mots envers Belleforest qui figure dans son ouvrage comme une de ses cibles favorites. Qu’on en juge par le passage consacré à la trop grande hâte du cosmographe dont l’écrivain réfute point par point les affirmations malgré “la reverence qu’[il] porte à sa memoire” :

 

il n’a pas quelquefois bien pris les choses, étant precipité d’écrire : comme quand au premier desdits voyages il dit que les iles de la Terre-neuve sont separées par petits fleuves : Que la riviere des Barques est par les cinquante degrez de latitude : Quand il appelle Labrador le païs de la Baye de Chaleur, laquelle il a premierement mise en la terre de Norumbega, & là où il dit qu’il fait plus chaud qu’en Hespagne, & toutefois on sçaist que Labrador est par les soixante degrez. Item quand en la relation du second voyage dudit Quartier, il dit par conjecture que les Canadiens sacrifient des hommes, parce qu’icelui Quartier allant voir un Capitaine Sauvage, […] il vit des tétes de ses ennemis étenduës sur du bois comme des peaux de parchemin[xvii].

 

Il serait tentant de penser que l’énumération de toutes ces inexactitudes ne vise qu’à faire valoir en contrepoint l’authenticité de son propre témoignage. Mais la réalité est sans doute on ne peut plus complexe. Par-delà la reprise de ce lieu commun propre au genre viatique qui consiste à piéger le discours de ses pairs, Lescarbot se rend bien compte des limites de l’écriture du voyage comme mode de représentation du monde ; aussi prône-t-il l’inclusion de cartes et de tableaux :

 

en lisant les écrits des Cosmographes il est difficile d’y avoir de la délectation ou de l’utilité sans les tables geographiques[xviii].

 

Comment mieux dire que toute entreprise référentielle relève au fond de l’impossible ? Nul doute que l’écrivain pressent lui-même les propres lacunes de son ouvrage quand il note quelques lignes plus loin : “j’ay fait au mieux qu’il m’a été possible[xix].

Doit-on s’étonner si, dans un tel contexte, l’Histoire de la Nouvelle-France entretient le plus souvent des rapports de disjonction avec les relations antérieures, à moins que celles-ci ne contribuent au faire-valoir des peuples d’Acadie ? En effet, dès lors qu’il s’agit d’effectuer un rapprochement interethnique, Jean de Léry, Laudonnière[xx] et même Cartier[xxi], si souvent décriés, deviennent tout à coup des références dignes de foi. Est-il question en revanche de la topographie des lieux ou de toute autre considération, les écrits des voyageurs, malgré leur place de choix dans la bibliothèque imaginaire de Lescarbot, s’imposent davantage comme un anti-savoir que comme un legs à préserver.

 

 

L’héritage des Anciens

Aux “abus”[xxii] des géographes du temps, si souvent dénoncés, il convient donc d’opposer un contre-discours pouvant servir de paradigme aux découvertes en territoire américain. Aux yeux de l’auteur de même que chez les érudits de la Renaissance, la culture essentiellement livresque rime d’abord avec l’Antiquité gréco-romaine. Autant l’auteur est prompt à remettre en question les affirmations des “savants” de l’ère moderne, autant se montre-t-il enclin à défendre les croyances des Anciens. Ainsi, les idées de Pline et de certains poètes de son époque sur l’existence des Hespérides reçoivent tout son crédit. Mieux encore, il n’hésite pas à établir une filiation directe entre ces îles mythiques et les Antilles, invoquant l’Histoire naturelle comme “preuve” de son raisonnement :

 

volontiers je m’arreteray à ce que le même Pline, sur une chose pleine d’obscurité, recite qu’un Statius Sebosus employa quarante jours à naviger depuis les Gorgones (qui sont les îles du Cap Verd) jusques aux Hesperides. Or ne faut-il point quarante jours, ains seulement sept ou huict pour aller des Gorgones aux îles Fortunées (où quelques uns mettent les Hesperides) n’y ayant que deux cens lieuës de distance. Surquoy je conclu que les Hesperides ne sont autres que les iles de Cuba, l’Hespagnole, la Jamaïque, & autres voisines au golfe de Mexique[xxiii].

 

On ne saurait assez insister sur le caractère aléatoire de ces spéculations géographiques fondées sur la progression incertaine du navigateur Statius Sebosus et les conjectures de quelques-uns. Qu’il me soit simplement permis de souligner la certitude de notre auteur (“surquoy je conclus”) et le plaisir engendré par la digression (“volontiers je m’arreteray”), propos qui contrastent violemment avec les allusions aux affirmations des voyageurs contemporains, évoquées d’ordinaire comme à regret[xxiv] ou accompagnées de nuances restrictives[xxv]. D’évidence, Lescarbot prend plaisir à citer Pline qu’il paraphrase plus que tout autre écrivain. Source de prédilection, l’Histoire naturelle constitue une véritable somme encyclopédique sur tous les sujets. S’agit-il de disserter sur l’origine des tempêtes[xxvi], de se prononcer sur les erreurs des voyageurs[xxvii], de se pencher sur la cause de certaines maladies[xxviii], l’ouvrage vient sans cesse cautionner les dires du chroniqueur. Curieusement Lescarbot, qui voit dans cette œuvre un modèle à imiter[xxix], ne craint pas non plus de consigner les fables et les exagérations qui y sont contenues, ne fût-ce que pour s’en démarquer :

 

Au reste, il n’y a point parmi eux [les peuples d’Acadie] de ces hommes prodigieux dont Pline fait mention, qui n’ont point de nez, ou de lèvres, ou de langue ; item qui sont sans bouche, n’ayans que deux petits trous, desquels l’un sert pour avoir vent, l’autre sert de bouche : item qui ont des tétes de chien & un chien pour Roy : item qui ont la téte à la poitrine, ou un seul œil au milieu du front, ou un pié plat & large à couvrir la téte quand il pleut, & semblables monstres[xxx].

 

Attribuant à tort à l’auteur de l’Histoire naturelle une série de légendes – amplifiées à souhait – que celui-ci ne fait que colporter, le chroniqueur renoue, au moyen de la digression allusive, avec le mythe, auquel l’écriture du voyage est sans cesse confrontée. Malgré le caractère fantaisiste de la géographie plinienne, à peine Lescarbot ose-t-il mettre en doute le récit archétypal du naturaliste romain qui prête, selon le rapport de plusieurs voyageurs, aux peuples de la Taprobane les traits physiologiques des peuples du Nord,

 

disant qu’ils ont les cheveux roux, les yeux pers, & la voix horrible & épouvantable. En quoy je ne sçay si je le doy croire, attendu le climat, qui est souz la ligne æquinoctiale[xxxi].

 

Cependant ces quelques nuances dubitatives – marginales par rapport à l’immense majorité des commentaires laudatifs – ne contredisent en rien l’ascendant de cette œuvre sur l’esprit de Lescarbot. Mais une telle influence n’a rien d’inhabituel à l’époque[xxxii]. Plus surprenante est la clairvoyance que Lescarbot prête à Pline en ce qui concerne la religion :

 

les Payens ont reconu ceci, & entre autres Pline quand il a dit que c’est grand signe de divinité à un homme mortel[xxxiii].

 

Que penser encore du passage suivant où l’écrivain-avocat paraphrase l’Histoire naturelle à la suite de saint Augustin pour dénoncer l’iconographie religieuse au sein de l’église ? :

 

Et de vérité Pline dit, qu’il n’y a chose qui démontre plus l’imbecillité du sens humain, que de vouloir assigner quelque image ou effigie à Dieu. Car en quelque part que Dieu se montre, il est tout de sens, de veuë, d’ouïe, d’ame, d’entendement ; et finalement il est tout de soy-méme, sans user d’aucun organe[xxxiv].

 

Pareille audace, qui va à l’encontre de toute une tradition ecclésiale, laisse en vérité croire à la suprématie de la foi des Païens et des Sauvages, réfractaires à cette imagerie. Faut-il voir dans ce refus de la représentation divine l’influence du protestantisme ?

Quoi qu’il en soit, la révérence pour les Anciens dépasse de loin la simple coquetterie de lettré. Au même titre que Pline, Sénèque, Cicéron, Platon et Xénophon jouissent sous la plume de Lescarbot d’un prestige inaltérable. Rares sont les passages de l’Histoire de la Nouvelle-France qui viennent invalider leurs hypothèses. On retrouve bien çà et là quelques réserves à l’endroit des affirmations de César[xxxv] ou de Pythagore[xxxvi], et même de l’auteur de La République[xxxvii]. Mais ces quelques notes discordantes disséminées à travers l’œuvre ne portent nullement préjudice aux écrivains et philosophes de jadis, auxquels le chroniqueur voue un véritable culte. En effet, les multiples références antiques présentées comme le discours du savoir viennent baliser son parcours épistémologique. Bien que les textes anciens occupent une place de choix dans cet itinéraire, ils ne forment pas l’unique réservoir “citationnel”. Loin de là.

 

 

Une mosaïque textuelle

On s’étonnera peut-être que pour illustrer ses théories, Lescarbot puise autant dans les traités à caractère scientifique que dans les fables gréco-romaines ou les autres œuvres d’imagination. Homère, Virgile, Ovide, Plaute et Lucain figurent sur le même pied que les écrits d’Hippocrate et des historiens. Lescarbot assigne aux éthiopiques[xxxviii], à la Pharsale[xxxix], aux vers de Sidoine Apollinaire[xl], aux Géorgiques de Virgile[xli] et même à l’Ancien Testament[xlii] une portée anthropologique. D’aucuns se surprendront par surcroît qu’il ose loger à la même enseigne textes sacrés et textes profanes, quelque précaution rhétorique qu’il prenne[xliii]. C’est assez dire que Lescarbot, à l’instar de Montaigne, est tenté par le syncrétisme qui réunit la tradition judéo-chrétienne à la morale païenne. À ses yeux, il ne semble pas exister de hiatus entre le discours des Pères de l’église, les saintes écritures, la littérature gréco-romaine et le Roman de la Rose. Ainsi le voit-on citer en enfilade, aux pages 794 et 795 de son Histoire, le Livre de Samuel, l’histoire d’Aman, des règlements d’un concile gothique, Cicéron, Tite-Live, Suétone, Martial, Grégoire de Tours, Jornandes, le Livre d’Esther, Tacite et Pline, comme si tous ces textes émanaient d’une matrice commune. Cet enchevêtrement exemplaire de renvois, fidèle à l’esthétique baroque, donne une idée assez juste de l’abondance des références dans l’œuvre sans qu’il soit besoin d’y revenir en détail. Comment expliquer ce va-et-vient entre la fiction et le discours à visée référentielle, sinon peut-être par l’intime conviction que l’expérience du voyage, souvent plus près de l’imaginaire que du réel, s’avère en réalité indicible ? à tout le moins, la cascade d’emprunts et de réminiscences qui émaillent la tissure textuelle du sujet écrivant investit l’Acadie d’une opacité quasi mythique, confortant l’étanchéité de la description ethnographique à travers un dédale discursif de citations.

Lescarbot est un lecteur boulimique. Quiconque parcourra même rapidement l’Histoire de la Nouvelle-France ne pourrait en douter. Ayant bénéficié de solides études littéraires à l’Université de Paris, l’historien se distingue par ses connaissances des textes anciens qu’il cite le plus souvent en langue originale au risque de rebuter[xliv]. L’étendue des ouvrages mentionnés est telle qu’on peut avoir l’impression que l’auteur fait étalage de son érudition dans l’espoir de séduire une certaine catégorie du public : “j’espère que ces petites digressions ne seront desagreables au Lecteur, puis qu’elles viennent à notre propos[xlv], confesse-t-il devant la prolifération de sa glose intertextuelle. Sautant allègre-ment d’un ouvrage à un autre, l’auteur ne craint même pas de réunir bout à bout des fragments versifiés issus de deux recueils distincts, comme en fait foi le passage suivant :

 

Le Poète Claudien nous rend aussi plusieurs témoignages […] en ses Panegyriques, comme quant il parle de l’ayeul de l’Empereur Honorius, Ille leves Mauros, nec falso nomine Pictos / Edomuit… [xlvi]. Et en la guerre Gothique, … Ferròque notatas / Perlegis examines picto moriente figuras[xlvii][xlviii].

 

Un tel collage qui trahit une certaine désinvolture dans la façon de citer suggère assez bien l’étendue des ramifications discursives à l’origine de cette œuvre composite. Davantage porté vers la citation que vers la paraphrase[xlix], Lescarbot s’empresse de révéler ses repères de recherche, indiquant d’ordinaire la référence de la majorité des ouvrages qu’il a consultés. En dépit des inexactitudes et des approximations à ce chapitre[l], la volonté de mettre en évidence l’intertexte par des renvois précis ou des indices topographiques est ici on ne peut plus évidente. Au reste, on ne compte plus les nombreuses réminiscences littéraires ou encyclopédiques de type “ce qui me fait souvenir d’un vers d’Horace[li] ou “j’ay leu[lii], si bien que l’on peut affirmer que derrière le visage de l’homo viator se profile la silhouette de l’homo lector. À côté des auteurs quasi obligés, de nombreux autres tels que Olaus Magnus[liii], Diodore de Sicile[liv], Théodoret[lv], Nicéphore[lvi], Oribasus[lvii], Goulart le Senlisien[lviii], connus d’une poignée d’érudits infléchissent fréquemment la glose du voyageur dans le sens du commentaire philosophique.

Dresser l’inventaire bibliographique de Lescarbot tiendrait de l’exploit tant les substrats textuels de son œuvre sont multiples, allant de la littérature gréco-romaine aux poèmes de Ronsard, en passant par les histoires et les chansons populaires[lix]. Devant l’ampleur du répertoire antique, il est permis de se demander si Lescarbot ne serait pas redevable de catalogues de citations tel que le célèbre lexique du présumé Suidas[lx] où figuraient des renseignements précieux sur les textes anciens et de nombreux fragments d’œuvres disparues. Il est en effet difficile d’expliquer comment l’auteur aurait pu mettre la main sur les écrits de Caius Lucilius dont on ne possède que de rares extraits. Sans préjuger de ses connaissances, il est clair qu’à l’instar de la cosmographie de Belleforest et de tant d’autres descriptions topographiques, l’essentiel des données fournies par l’avocat constitue des informations de seconde main. Pour celui-ci comme pour les géographes, le monde se laisse d’abord appréhender par la médiation de la bibliothèque.

Au terme de cette étude, qui ne prétend nullement à l’exhaustivité, le temps est venu d’apprécier les motivations de l’auteur. Au lieu d’arpenter patiemment les chemins de la Nouvelle-France comme l’ont fait Champlain et Cartier, Lescarbot, qui reste avant tout un sédentaire, préfère suivre par procuration les traces de Hannon le Carthaginois et des autres voyageurs légendaires évoqués dans les livres. Au fil de son discours, la tentation de la fiction même révoquée demeure omniprésente. À coup de références, le voyage au Nouveau Monde se transforme en un émouvant pèlerinage à travers les âges et la littérature ? Puisque les “vieux siecles de l’age d’or[lxi] marquent à ses yeux l’acmé de la civilisation, on comprend aisément son acharnement à établir un étroit cousinage entre les peuples de l’Amérique septentrionale et de l’Antiquité, dans l’espoir de favoriser la réhabilitation du Sauvage. En ce sens, les remarques consignées au livre VI sur la parenté du micmac et des langues anciennes traduisent éloquemment les intentions de Lescarbot[lxii].

En raison de leur relation privilégiée avec la culture gréco-romaine, les souvenirs de lecture constituent également une tentative pour faire contrepoids à la désaffection des Français vis-à-vis du Canada, perçu par plus d’un comme une terre déshéritée et privée d’attraits. Malgré tous les efforts déployés en vue de promouvoir la fragile colonie, la déception du voyageur se laisse percevoir en filigrane :

 

mon sujet semble bas, n’étant ici traité d’un Royaume rempli de belles villes & beaux palais, enrichi de longue main de beaucoup d’ornemens domestics & publics, formillant en peuples instruits en toutes sortes d’arts liberaux & mécaniques[lxiii].

 

Conscient du caractère inhospitalier de ces contrées désertes, le premier dramaturge de la Nouvelle-France n’espère rien de moins que de recréer sur cette terre hostile une “Nouvelle-Rome[lxiv]. C’est dans cet espoir qu’il exhorte, au début du sixième livre, Henri IV à poursuivre au Nouveau Monde la mission civilisatrice de la France, “nourrice des lettres[lxv] :

 

J’espère que nôtre Roy tres-Chrétien, tres-Auguste & tres-victorieux Henry IIII […] établira sa Nouvelle-France […] & que pour ce faire il donnera moyen d’y conduire des Sarronides & des Bardes Chrétiens portants la Fleur-de-lis au cœur, lesquels instruiront & civiliseront ces peuples vrayment barbares.”[lxvi].

 

 

 

En attendant de voir germer cette nouvelle république des lettres et des sciences, Lescarbot s’efforce, au moyen de multiples comparaisons intertextuelles, de retrouver l’homme civilisé sous l’écorce du Sauvage[lxvii]. Vestige de toute une tradition humaniste, cet étonnant parallèle entre l’Amérindien et les païens de l’ère pré-chrétienne, repris de façon sporadique par les pères jésuites et systématisé par Lafitau, fera fortune. Marchant sur les brisées du premier historien de la Nouvelle-France, ceux-ci comprendront à leur tour que la mythologie et la littérature antiques, loin de se situer en porte-à-faux par rapport aux préoccupations du monde moderne, constituent encore le miroir le plus fidèle de l’homme, qu’il habite la Ville lumière ou les forêts canadiennes.

 

Marie-Christine Pioffet

Centre de Recherches sur la Littérature des Voyages

Université d’York

 



[i] Cf. : Je ne sçay à quel propos Champlain en la relation de ses voyages imprimée l’an mille six cens treize s’amuse à écrire que je n’ay point été plus loin que Sainte-Croix, veu que je ne di pas le contraire.” Marc Lescarbot, Histoire de la Nouvelle-France, Paris, Adrien Périer, 1618, IV, p.594. Toutes les références de cette étude renvoient à cette édition.

[ii] Histoire de la Nouvelle-France, I, p.12.

[iii] Histoire de la Nouvelle-France, IV, p.502.

[iv] On se reportera  sur cette question  à notre article  : “Les méandres de Marc Lescarbot au Nouveau Monde : du voir-dire à la digression érudite” [in] Sophie Linon-Chipon, Véronique Magri-Mourgues et Sarga Moussa, dirs., Miroirs de textes. Récits de voyage et intertextualité, Nice, Publications de la Faculté des Lettres, Arts et Sciences humaines de Nice, nouvelle série, n°49, 1998, p.187-199.

[v] Les premiers livres de l’ouvrage s’imposent d’emblée comme la collation de nombreux témoignages : je parleray […] selon ce que j’ay veu, oui dire […] ou trouvé par les écrits de ceux qui ont fait les premiers voyages, l’histoire déquels m’a été d’autant plus difficile, que la memoire en etoit ja perduë : De sorte que j’ay été contraint de la rechercher partie en la bibliothèque du Roy, partie dans les papiers moisis des Libraires, m’étant quelquefois servi, au regard des derniers temps, de ce que Samuel Champlein en a donné au publicHistoire de la Nouvelle-France, I, p.5.

[vi] Sur cette question, on lira l’article de Frank Lestringant : “Champlain, Lescarbot et la "Conférence" des histoires” [in] Scritti sulla Nouvelle-France nel Seicento, Quaderni del Seicento francese, 6, Bari, Adriatica et Paris, Nizet, 1984, p.69-88.

[vii] Histoire de la Nouvelle-France, III, p.287.

[viii] Histoire de la Nouvelle-France, III, p.386.

[ix] Histoire de la Nouvelle-France, III, p.395.

[x] Histoire de la Nouvelle-France, V, p.686.

[xi] Idem.

[xii] Histoire de la Nouvelle-France, III, p.214. En ce qui concerne la quantité d’animaux volants sur l’île des Oiseaux, le chroniqueur accuse encore Cartier “d’avoir fait des contes à plaisir” Histoire de la Nouvelle-France, III, p.393.

[xiii] Histoire de la Nouvelle France, III, p.489. Au sujet de la ville de Norumbega décrite dans l’Histoire universelle des Indes Occidentales, le chroniqueur s’empresse de détromper le lecteur : Si cette belle ville a onques été en nature, je voudroy bien sçavoir qui l’a démolie depuis octante ans : car il n’y a que des cabanes par ci par là faites de perches & couvertes d’écorces d’arbres, ou de peaux & s’appellent l’habitation & la riviere tout ensemble Pemptegoet, & non AggunciaHistoire de la Nouvelle-France, IV, p.497.

[xiv] Cf. : L’historien ne cache pas son scepticisme devant certaines observations du navigateur espagnol : Il y a des regions au Perou (comme en Lima, & aux plaines), ou le vent du Nort est maladif & ennuyeux : & par toute cette côte, qui dure plus de cinq cens lieuës, ilz tiennent le Su pour un vent saint & frais, & qui est tres-serein & gracieux : mémes que jamais il n’en pleut (à ce que recite le curieux Joseph Acosta), tout au contraire de ce que nous voyons en nôtre Europe. Et en Hespagne le vent de Levant que nous avons dit estre sain, le méme Acosta rapporte qu’il est ennuyeux & mal-sainHistoire de la Nouvelle-France, IV, p.470-471. En parlant de la hauteur des bois, Lescarbot note encore : “je ne voudroy toutefois les faire tels que Joseph Acosta recite étre ceux du Perou, quand il dit : “un de nos freres, homme digne de foy, nous contoit qu’étant égaré & perdu dans les montagnes sans sçavoir quelle part, ni par où il devoit aller, il se trouva dans des buissons si épais qu’il fut contraint de cheminer sur iceux sans mettre les pieds en terre, par l’espace de quinze jours entiers.” Je laisse à chacun d’en croire ce qu’il voudra, mais cette croyance ne peut venir jusques à moyHistoire de la Nouvelle-France, IV, p.541.

[xv] Cf. : “Je ne veux ici parler des Patagons, peuples qui sont outre la riviere de la Plate, lesquels Pighafette en son Voyage autour du monde, dit étre de telle hauteur, que le plus grand d’entre nous ne leur pourroit à peine aller à la ceinture. Cela est hors les limites de nôtre Nouvelle-FranceHistoire de la Nouvelle-France, VI, p.797.

[xvi] Sur les mystifications des géographes de l’égypte : “ainsi nos geographes nous font croire que le Nil procède d’un lac qui produit d’autres rivieres, lesquelles se déchargent au grand ocean.Histoire de la Nouvelle-France, IV, p.543.

[xvii] Histoire de la Nouvelle-France, III, p.391. à propos des critiques formulées à l’endroit de Belleforest, on renverra le lecteur au passage suivant : "Le Capitaine Laudonniere en son histoire de la Floride dit que ceux de ce païs-la n’ont connoissance de Dieu, ni d’aucune Religion, sinon qu’ils ont quelque reverence au soleil & à la lune : ausquels toutefois je ne trouve point par toute la dite histoire qu’ilz facent aucune adoration, fors que quant ilx vont à la guerre […] Et toutefois Belleforét écrit avoir pris de ladite histoire ce qu’il met en avant, qu’ils font des sacrifices sanglans tels que les Mexicains s’assemblans en une campagne, & y dressans leurs loges, là où après plusieurs danses & ceremonies ilz levent en l’air et offrent au soleil celui sur qui le sort est tombé d’étre destiné pour le sacrifice. Que s’il est hardi en cet endroit, il ne l’est pas moins quand il en dit autant des peuples de Canada, lesquels il fait sacrificateur de corps humains, encores qu’ilz n’y aient jamais pensé." Histoire de la Nouvelle-France, VI, p.720-721.

[xviii] Histoire de la Nouvelle-France, III, p.212.

[xix] Ibid.

[xx] Sur la rapidité des Amérindiens à la nage, Lescarbot s’en remet tour à tour aux remarques de Léry et de Laudonnière. Histoire de la Nouvelle-France, VI, p.807.

[xxi] Voir à ce sujet les remarques du découvreur sur le mariage. Histoire de la Nouvelle-France, VI, p.826, 827 et 830.

[xxii] Histoire de la Nouvelle-France, IV, p.488.

[xxiii] Histoire de la Nouvelle France, I, p.28.

[xxiv] À titre d’exemple, rapportons les formules prétéritives du chroniqueur pour introduire ses considérations sur la ville de Norumbega : sans donc amener ce qu’ont dit les premiers Hespagnols & Portugais” Histoire de la Nouvelle France, IV, p.486 et les présumés miracles rapportés par le jésuite Pierre Biard : “Je serois trop long si je voulois particulariser tout ce qui se pourroit rapporter sur le sujetHistoire de la Nouvelle France, V, p.661.

[xxv] Ainsi le jugement du découvreur du Canada sur le maquillage des veuves se voit assorti de certaines limites : je ne veux affermer que ce qu’en a écrit Jacques Quartier soit generalHistoire de la Nouvelle France, VI, p.832.

[xxvi] Histoire de la Nouvelle France, IV, p.521-522.

[xxvii] Histoire de la Nouvelle France, III, p.390.

[xxviii] Histoire de la Nouvelle-France, IV, p.468.

[xxix] Cf. : Pline et autres geographes n’estiment point être hors de leur sujet d’écrire de cette façon.Histoire de la Nouvelle-France, III, p.214.

[xxx] Histoire de la Nouvelle-France, VI, p.804-805.

[xxxi] Histoire de la Nouvelle-France, VI, p.804.

[xxxii] Sur la bonne fortune de l’Histoire naturelle : Robert Lenoble, Esquisse d’une histoire de l’idée de nature, Paris, Albin Michel, 1968, chap.IV, p.137-140.

[xxxiii] Histoire de la Nouvelle-France, VI, p.714.

[xxxiv] Histoire de la Nouvelle-France, VI, p.719.

[xxxv] Cf. : “Cesar s’est æquivoqué ayant dit que les Druides usoient de lettres Grecques és choses privées.” Histoire de la Nouvelle-France, VI, p.787.

[xxxvi] Histoire de la Nouvelle-France, VI, p.912.

[xxxvii] Histoire de la Nouvelle-France, VI, p.909.

[xxxviii] Histoire de la Nouvelle-France, VI, p.732.

[xxxix] Au sujet des vaisseaux égyptiens du temps de Jules César, voir Histoire de la Nouvelle-France, VI, p.864.

[xl] Histoire de la Nouvelle-France, VI, p.806.

[xli] Histoire de la Nouvelle-France, VI, p.898.

[xlii] Parmi les nombreux passages invitant à une telle lecture, on se reportera aux pages suivantes : Histoire de la Nouvelle-France, VI, p.826 et 958.

[xliii] Cf. : Je ne veux méler les choses sacrées avec les prophanes” commence par concéder l’écrivain-avocat avant de s’attarder sur le “Pectoral du jugement que le souverain Pontife portoit” et d’ajouter des opinions de David, Salomon, Flavius Josèphe et saint Jérôme. Histoire de la Nouvelle-France, VI, p.732.

[xliv] Au contraire des Saintes écritures rapportées le plus souvent en langue vernaculaire, les textes gréco-romains ne sont d’ordinaire pas traduits. On note une seule exception à la page 447 du livre IV de l’Histoire où Lescarbot reproduit deux vers d’Ovide en français.

[xlv] Histoire de la Nouvelle-France, IV, p.531.

[xlvi] Claudien, Panégyrique pour le troisième consulat de l’Empereur Honorius, v.54 et 55. Trad. : Il dompta les Maures agiles, les Pictes bien nommés […].

[xlvii] Claudien, La Guerre Gothique, v.417-418. Lescarbot a modifié légèrement ces vers de Claudien qui s’énoncent comme suit : […] ferroque notatas / perlegit exanimes Picto moriente figuras”. Trad. libre : “et il parcourt des yeux les figures mortes marquées par le glaive du Picte mourant”.

[xlviii] Histoire de la Nouvelle-France, VI, p.811.

[xlix] À propos de l’utilisation de la paraphrase à la Renaissance, le lecteur pourra se référer au chapitre de Michael Metschies intitulé : “Humanisme et Renaissance” [in] La citation et l’art de citer dans les Essais de Montaigne, Paris, Honoré Champion, 1997, p.39-65. Trad. de l’allemand par Jules Brody.

[l] En effet, les références données dans la marge de l’Histoire ne coïncident pas la plupart du temps avec celles des livres mentionnés. Les nombreuses erreurs contenues dans l’indication des chapitres d’ouvrages induisent à penser que Lescarbot cite assez souvent de mémoire ou d’après des notes de lecture rédigées à la hâte.

[li] Histoire de la Nouvelle-France, VI, p.852.

[lii] Histoire de la Nouvelle-France, VI, p.737.

[liii] Ainsi n’hésite-t-il pas à exprimer sa dette envers le Suédois Olaus Magnus au sujet des symptômes du scorbut : j’ay pris plaisir à rapporter ici les mots de cet Autheur, pour ce qu’il en parle comme sçavant, & represente assés le mal qui a assailli les nôtres en la Nouvelle-France. Histoire de la Nouvelle France, IV, p.465-466.

[liv] Histoire de la Nouvelle-France, VI, p.875.

[lv] Histoire de la Nouvelle-France, VI, p.813.

[lvi] Histoire de la Nouvelle-France, VI, p.838.

[lvii] Histoire de la Nouvelle-France, VI, p.843-844.

[lviii] Histoire de la Nouvelle-France, VI, p.857-858.

[lix] On retrouve notamment une strophe du Châtelain de Coucy, un chansonnier du Moyen Âge. Histoire de la Nouvelle-France, VI, p.803.

[lx] Lescarbot connaissait cet ouvrage puisqu’il en fait mention à la page 438 du livre VI de son Histoire.

[lxi] Histoire de la Nouvelle-France, VI, p.721.

[lxii] Cf. : En l’histoire Orientale de Maffeus j’ay leu Sagamos en la méme signification que le prennent nos Souriquois, pour dire Roy, Duc, Capitaine. Ce que considerant quelquefois, il m’est venu en la pensée de croire que ce mot vient de la première antiquité ; d’autant que – selon Berose  Noé fut appellé Saga, qui signifie Prétre & Pontife.” Histoire de la Nouvelle-France, VI, p.736. Encore : “ils [les Souriquois] usent ainsi que les Grecs & Latins du mot Toy -Kir- en parlant à qui que ce soit : & n’est encore entre eux venu l’usage de parler à une persone par le nombre pluriel, ainsi que par reverence ont jadis fait les Hebrieux.” Histoire de la Nouvelle-France, VI, p.737.

[lxiii] Histoire de la Nouvelle France, I, p.7. Cf. : La déception est encore perceptible dans le passage suivant : Il n’y a point les violons, les masquarades, les danses, les palais, les villes & les beaux batiments de France.Histoire de la Nouvelle-France, I, p.19.

[lxiv] Histoire de la Nouvelle-France, IV, p.604.

[lxv] Histoire de la Nouvelle-France, I, p.15.

[lxvi] Histoire de la Nouvelle-France, VI, p.788.

[lxvii] Que le Tableau de la Suisse, rédigé par le même auteur et publié en 1617, soit à peu près exempt de telles références paraît confirmer cette hypothèse.

 

 

 

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